Attention, ceci est un de mes derniers articles sur Paris, et plus certainement un de mes derniers articles écrits à Paris (quand je vous parlais de déménagement, c’était en connaissance de cause…). Mais trêve de pleurnicheries, je ne regrette rien, c’est de gaieté de cœur que je m’en vais.

Donc, revenons à nos moutons : que signifie “connaître Paris” ? Quand peut-on le dire ? Qui peut le dire ? A qui ? Quand estime-t-on qu’on connaît Paris ? Y a-t-il un délai légitime ? Une intronisation ? Quelle est la technique pour connaître Paris ? C’est bien compliqué, tout ça. Mais voici ce que j’ai appris en quelques années (2 en banlieue éloignée, et 8 mois intra-muros).

Le drap troué

D’abord, Paris est une ville que l’on apprend à connaître par quartiers. On s’attache à un quartier, dont on découvre les rues, les petits commerçants… Puis on passe à un autre, et ainsi de suite. Le tout au fil de découvertes ponctuelles, comme ce restaurant conseillé par untel, ou ce magasin où unetelle a acheté sa robe magnifique.

Ce qui me fait penser au livre de Salman Rushdie, “Les Enfants de Minuit” (pas encore fini… honte à moi !), dans lequel le grand-père de Saleem découvre sa future épouse par morceaux qu’il voit au travers d’un drap dans lequel on a découpé un carré. Paris, c’est pareil. Il y a un grand drap, avec un trou au milieu, et on regarde la ville par ce trou, ce qui ne permet jamais que d’observer qu’un quartier ou qu’une rue à la fois.

La conséquence, c’est qu’on finit par avoir des tonnes de bons plans, pour répondre à tous les besoins, toutes les envies, toutes les situations. Qu’on en a tellement que, où qu’on se trouve dans la ville, on aura toujours en tête un endroit sympa où aller, dans un rayon de 500 mètres. A mon avis, c’est ça, connaître Paris.

Et là, c’est le drame

Tout va donc bien, jusqu’au jour où vous vous procurez un petit bouquin malicieusement intitulé “connaissez-vous vraiment Paris” ? Et là, c’est la débandade. Parce que, forcément, vous ne connaissez pas la réponse au tiers de la moitié du dixième des questions.

Les questions, en l’occurrence, c’est plutôt du genre : où se trouve cette fontaine ? quel est le seul boulevard qui n’a pas d’arbre, et la seule avenue qui en a ? identifiez de quel arrondissement est chacune de ces mairies ; ou alors ça va être une devinette pour trouver le nom d’un pont, etc.

C’est là que ce livre vous aide à vous rendre compte d’une chose : les questions auxquelles vous répondez les plus facilement, ce sont celles qui concernent les gares.

Conclusion : oui, vous connaissez Paris. Mais vous connaissez Paris comme un habitant de la ville, qui en connaît pas mal, mais pas comme un parisien qui aime sa ville encrottée comme un fou.

La différence entre le Parisien – le vrai – et vous

L’autre conclusion, c’est aussi que c’est un livre plutôt fait pour les “vieux” parisiens, ceux qui y ont passé toute leur vie et connaissent le nom de toutes les églises de la ville. Sauf que, en fait, pas besoin de pouvoir reconnaître toutes les mairies d’arrondissement pour pouvoir dire qu’on connaît Paris.

A part vis-à-vis du parisien qui, lui, se targue de faire un sans faute dans ce petit livre… Sauf que nous, on a une vie, on connaît aussi plusieurs villes, en province (avec un ton un peu dédaigneux ça va mieux), et à l’étranger, où on a aussi des tonnes de bons plans à distiller à quiconque veut les entendre ! Et na !

Et le Paris touristique, dans tout ça ? Ne faisons pas comme les Parisiens, qui s’en foutent et n’ont jamais mis les pieds dans leurs musées : ça compte aussi, évidemment, ce n’est pas fait QUE pour les touristes, qu’est-ce que vous croyez ! Donc ne faites pas comme moi, n’attendez pas le dernier moment pour découvrir par hasard le musée Carnavalet