Entre un film et le livre dont il est extrait, il y en a toujours un qu’on préfère, et un qui nous déçoit. Généralement, c’est par le film qu’on est déçu, parce qu’on nous impose l’imaginaire du réalisateur, sa vision du livre, ses images à lui, et qu’on nous prive de la liberté de se construire son propre imaginaire autour de l’histoire.

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Pour Le Parfum, j’ai trouvé que c’est différent. Peut-être parce que ça fait plusieurs années que j’ai lu le livre, pourtant mes souvenirs “visuels”, les images et les impressions que j’en conservais me semblaient encore très présentes. Plus probablement parce que Patrick Süskind, l’auteur du livre, nous raconte l’histoire de Jean-Baptiste Grenouille de manière très imagée, essayant de nous rendre le mieux possible l’atmosphère qui l’entoure.

Il y a peut-être aussi autre chose, c’est que l’univers de l’histoire est basé sur une chose qui ne peut être écrite, qui ne peut être filmée, qui ne peut être que sentie et ressentie : les odeurs. Ecrivain et réalisateur ont été confrontés à la même difficulté : décrire les odeurs sans faire appel au sens olfactif du lecteur/spectateur, juste en éveillant sa mémoire olfactive. En ce sens, le livre y parvient sûrement mieux, car il a “plus de temps”. Le film n’a que 2h20. Mais il a les images pour lui, pour accompagner les mots.

Toujours est-il que j’ai retrouvé dans le film ce que j’avais lu il y a plusieurs années. Un personnage dérangeant, détestable, si humain et si peu humain à la fois, un génie doublé d’un monstre. Quelqu’un qu’on n’a pas éduqué, à qui on n’a rien appris, qui n’a aucun sens moral, qui agit par pur intérêt, selon ses propres instincts uniquement. Et le Paris du milieu du XIX° siècle, la noirceur, la grisaille, l’obscurité, des odeurs par milliers qui nous agressent constamment. Et Grasse, la pureté de l’air, le soleil, les fleurs, la nature, le printemps. La laideur extrême, la beauté parfaite. L’idéal, et son contraire. La joie et l’horreur. L’humanité et la monstruosité.

Voilà ce que j’ai aimé dans ce film. Et dans ce livre.

En revanche, j’ai été déçue par la fin. Je n’étais pas, je pense, assez “dans” l’histoire, et j’ai trouvé la fin ridicule (le passage à Grasse, au moment de sa condamnation). Exagéré, qui arrive comme un cheveu sur la soupe, très moyen. Rattrapé par la scène finale à Paris, par les tout derniers commentaires de la voix off, mais c’est un passage qui reste “décalé”, pas à sa place, mal introduit peut-être.

Quoi qu’il en soit, je pense que l’un ou l’autre vaut le détour. Même si je conseillerais plus volontiers le livre. Ou le film, pour le jeu étonnant des acteurs (Dustin Hoffman, Ben Whishaw et Alan Rickman). Ou le livre, pour les talents d’écriture de Süskind. Ou… A vous de choisir, ok ?