Si on veut être entre 2 trains, il faut bien qu’il y en ait un avant, et un après, non ? Alors je vais vous parler de mon préféré : le TGV Paris-Avignon.

J’aime d’abord faire mes sacs pour ce voyage. Y mettre des affaires plus “légères”, moins chaudes. Prévoir ce que je vais ramener chez moi, ce que je voudrais ensuite remporter avec moi. Placer une paire de lunettes de soleil dans le fond du sac, bien protégées des coups. Pas trop de choses non plus, sinon j’aurai du mal pour le retour. Idéalement, si je pouvais faire en sorte que mon sac soit plus gros à l’aller qu’au retour… c’est ma mère qui serait heureuse !

tgv.jpg

J’aime ensuite aller prendre ce train. Le trajet jusqu’à la gare de Lyon, où je récupère un livre, un sandwich, une petite boisson. L’effervescence qui règne dans ce lieu, les voyageurs pressés qui se bousculent. J’aime prendre mon temps, pour être en avance, éventuellement faire un tour au salon Grand Voyageur. J’aime ne pas être à court de temps, profiter de l’atmosphère de cette gare. Tranquille, je repère ma voie, puis ma voiture, je dépose mes sacs dans les emplacements encore vides, et je pars m’installer, tout doucement. Ici, le sac. Le billet, là. La veste, là-haut. Le sac à main, ici.

Là, bien installée, prête, j’attends. Je regarde les autres voyageurs entrer, s’installer à leur tour. Je me demande si c’est celui-ci ou celle-là qui sera mon voisin ou ma voisine pendant le trajet. Le message retentit enfin, qui nous indique que les portes vont se refermer, que le train va partir. J’entends la fermeture des portes. Les moteurs se mettent en route. On commence très lentement à avancer, à s’éloigner des quais. On sort de la gare, on passe devant Bercy, quelques minutes de plus, et on a quitté Paris et sa proche banlieue. Le voyage peut commencer…

Je passerai sur les multiples occupations que l’on trouve dans un tgv, j’y reviendrai dans un autre article, selon l’inspiration du moment. Mais je ne passerai pas sur mes endroits préférés, ceux que je ne raterai pour rien au monde.

Il y a d’abord Lyon. Si on s’arrête à la Part-Dieu, dès le début de l’agglomération lyonnaise, je scrute la vitre, à tribord. Pourquoi tribord ? Parce que j’y ai mes points de repère. Le Rhône, d’abord, puis la Cité Internationale, majestueuse, sur les berges du fleuve. Et le Parc de la Tête d’Or, si familier. Vers le Sud du Parc, les serres, hautes, riches en souvenirs, puis… Le Parc. Le fameux lycée du Parc. Ses bâtiments, ses salles de khôlles, ou de DS (devoirs surveillés, ndlr), et son internat. On longe les fenêtres de la 83, résidence de fille. Plus haut, c’est la 84, les garçons de 2° année. Les voleurs de sapins de Noël… Si on ne s’y arrête pas, il y a un endroit d’où on arrive à voir, selon les conditions météorologiques, Fourvière et la Basilique qui y trône, splendide, éclatante.

Il y a ensuite la gare de Valence TGV. En général, c’est là que je reprends l’accent du Sud. A partir de là, j’enchaîne, je surveille la progression du train. Montélimar, d’abord, avec les éoliennes. Saint-Paul-Trois-Châteaux, avec la centrale. Puis ça s’accélère : Bollène, Mondragon, Mornas et sa forteresse, Piolenc et les écuries TQH Farm (“youhou, Maia, Little, vous êtes là ?”), l’Aygues, Orange, avec le Théâtre Antique, qui repose sur le flanc de la colline St-Eutrope. La route de Roquemaure, la carrière de grès du quartier du Grès, la colline du Lampourdier et sa carrière de calcaire (souvenirs de géologie au collège…).

Et c’est là. On y est. LE moment que j’attendais depuis le début. Celui qui vaut presque à lui seul tout le trajet. L’instant magique, l’instant fabuleux. L’avant-dernière traversée du Rhône, entre Vaucluse et Gard, entre Orange et Montfaucon. Montfaucon, justement, dont le Château se profile au-dessus du Rhône. Le soleil se reflète rougeoyant sur les eaux du fleuve, baigne la forteresse dans une lumière irréelle. Une fraction de seconde, et vous l’avez dépassé.

avignon.jpg

Je commence à ranger mes affaires, je profite de ces dernières minutes de paix. On contourne Roquemaure et Villeneuve. Si vous avez de la chance, que la lumière est propice, tournez-vous sur la gauche du TGV au dernier passage du Rhône, pour voir Avignon, le Palais des Papes et la statue de la Vierge qui flamboie sur le Rocher des Doms. Vous avez le temps, détendez-vous encore un peu, il vous reste environ quatre minutes avant l’arrêt du train.

Enfin, le convoi ralentit, vous apercevez le parking de la gare, recherchez un visage familier sur les quais. Le train s’arrête, les portes s’ouvrent. Vous descendez, un vent chaud vous accueille, les cigales chantent déjà, le soleil vous illumine, des bras se tendent vers vous pour vous embrasser. Vous êtes bien. Vous êtes rentré au pays.

Welcome home.